Il y a 50 ans, à la fin du mois de juin 1969, la police a fait une descente au Stonewall Inn sur Christopher Street à New York. Les personnes présentes, pour la plupart des Drag-Queens of Colour de la classe ouvrière, ont résisté au raid. Il y a eu une insurrection qui s'est rapidement propagée dans la rue Christopher. Ce n'était pas la première fois que les Queers résistaient à la répression de l'État[1], mais l'ampleur de la lutte et l'attention qu'elle a attirée ont changé la compréhension des Queers d’eux mêmes et des autres, ainsi que les stratégies aux États-Unis pour contrer l'oppression des Queers. Auparavant, l'activisme des Queers était caché; avec Stonewall une stratégie plus publique a commencé. Stonewall faisait également partie du passage de l'assimilation[2] à l'offensive. La devise de l’activisme des Queers n’était plus "nous sommes aussi normaux", mais plutôt "nous sommes différents et c'est une bonne chose".

En Suisse, la dynamique du mouvement de 1968, qui n'était plus prêt à subir son oppression, a donné un nouvel élan avec beaucoup de confiance en soi. Les Queers ne s’organisaient pas pour la première fois, mais dès lors avec une approche nouvelle, offensive et plus confiante.

On oublie souvent qu'il s'agissait d'une lutte politique et antiautoritaire de multiples personnes marginalisées[3], dans laquelle les Queers résistaient à la violence de l’État. Comme par exemple lors des Prides où le but est la fête, la consommation et le commerce plutôt que la politique. On dirait qu’ils prétendent que tout va déjà bien; le besoin de changement ne se fait pas entendre dans le processus. Et les banques, en plus de ne pas être un endroit sûr pour les Queers, les travailleurs*, les POC[4] et les prostitué(e)s*, détériorent aussi activement leurs conditions de vie. En étant promoteurs à travers des Prides les elles peuvent se faire un nom en parrainant l'activisme queer.

Alors que Stonewall repoussait les attaques contre la liberté des travailleurs queer et des prostitué(e)s de couleur et poursuivait des objectifs antiracistes, anticapitalistes et révolutionnaires, la Zurich Pride, par exemple, joue son rôle dans la recherche capitaliste du profit et en fait la promotion sous le couvert de l'activisme. Il ne s'agit pas d'un phénomène isolé: l'activisme queer et la vie des Queers sont de plus en plus envahis par les idéologies néolibérales et la recherche du profit. Mais ce n'est pas parce qu'on traite les Queers en tant que consommateurs que l'oppression des Queers ne coexiste pas. Nous ne nous laissons pas abattre par cette oppression!

La diversité des personnes queer et des réalités de la vie disparaît également et se réduit à l'homosexualité des cisgender blancs. Cela crée des structures de pouvoir et des exclusions à l'intérieur des groupements queer, ce qui nuit à la force de leur lutte et reproduit la logique de domination et d'oppression de l'ordre social.

Avec la fête que nous organisons nous ne voulons pas détourner l'attention des effets que l'oppression et l'exclusion des Queers ont sur nous. Au contraire, nous voulons, en examinant de très près, reconnaître les problèmes et les changer. Nous défendons nos modes de vie et nos identités et luttons pour des changements qui nous permettent de vivre une vie libre.

C'est ce dont nous voulons nous souvenir avec notre manif en mémoire de l’insurrection de Stonewall et de leurs victimes dans la communauté queer, ainsi que ce qui les a touchés et changés. Toutefois, la lutte contre les structures oppressives et hétéronormatives est loin d'être gagnée. Nous défendons une société libre des exclusions sociales. Cette manifestation reconnaît et reflète donc le fait que les formes de discrimination se chevauchent et doivent être combattues en même temps.

Pour rendre justice au radicalisme de l’insurrection de Stonewall, nous voulons descendre dans la rue avec créativité et transformation[5], sans logos à caractère commercial ou politique, sans publicité et sans sponsoring.

Ensemble dans la rue pour une société plus libre !

Le 29.6 à 15:30h, Barfüsserplatz Bâle

1: [violence] répression de la critique, de la résistance, des mouvements politiques,

du développement individuel, des besoins individuels

2: Adaptation des comportements, de la culture et/ou de la religion à la norme

sociale

3: [socialement] poussé à l'écart / rendu invisible

4: People of Color

5: apporter un changement profond et complet